Observation, patience et gestes à l’ancienne
La valorisation commence par la lecture patiente de la terre : reconnaître que chaque sillon recèle sa propre personnalité, que le même cépage, à deux pas, n’exprimera jamais la même note. Les vignerons du Haut-Languedoc n’ont pas tous les machines spectaculaires des grandes propriétés ; ils observent, ils goûtent, ils écoutent les conseils transmis par les anciens ou consultent les archives cadastrales jaune-paille, où l’on trouve parfois la mention d’un « clos » oublié.
La conduite de la vigne sur ces micro-terroirs suppose :
- Des labours peu profonds pour ne pas bouleverser l’équilibre millénaire de la microfaune.
- Le passage du cheval (encore, dans certains coins des Avants-Monts), pour ménager la terre fine.
- Des vendanges à la main, car certains passages sont inaccessibles au tracteur, et parce que la sélection des grappes, une à une, n’a pas d’équivalent pour révéler les subtilités du millésime.
- Un enherbement maîtrisé, parfois une jachère spontanée, favorisant le retour des insectes et des auxiliaires naturels.
Ce travail patient s’accompagne, depuis 20 ans, d’un vrai retour à la vinification parcellaire. Chaque cuve, chaque cuvée, parfois une barrique seulement, incarne un fragment du vignoble. Cette démarche, expliquée par Jean-Loup Gabin, vigneron à Berlou, est « un acte militant, un choix de ne rien diluer, de laisser parler la moindre parcelle, même si cela ne donne que 500 bouteilles par an » (La Vigne).
Valoriser le local, ranimer l’oublié
Parmi les gestes forts, il y a celui de préserver d’anciens cépages presque rayés des catalogues. Si le Carignan règne vieux et sage au sommet de la vallée de l’Orb, d’autres, plus timides, revivent : l’Oeillade, parfois retrouvée dans une haie, ou la Clairette rose qui ponctue les coins sablonneux. Parfois, des crus « d’assemblage par le lieu » voient le jour : sur un micro-terroir, osera-t-on assembler Grenache et Terret, parce que là, ils chantent ensemble ? La tradition du « vin de jardin », cultivé sur une mosaïque de petites entités, perdure surtout dans les domaines familiaux : Mas de la Devèze à Cabrerolles, Mas Coutelou à Puimisson ou Domaine du Clovallon sur le piémont cévenol, pour ne citer que quelques pionniers (sources : site Vins de Faugères).